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lundi 26 avril 2010

A Nassogne - le quinzième jour

Didier de Lannoy
A Nassogne
sous-titré Presque un mois chez Gougoui Kangni
roman,
avec des personnages réels, se passant en un lieu précis, à une époque déterminée
2005-2006
Extraits

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Le quinzième jour


Très mal dormi. Réveillé plusieurs fois. Même eu (presque !) froid et me suis glissé (tu te rends compte !) sous les draps. Mal de tête depuis hier soir.

Vers cinq heures et demi du matin je vois une ombre passer, dans un roman anglais, sous la brume. C’est le vieux Kluvi qui quitte la terrasse et se dirige vers la barrière à l’entrée. Accompagné par tous les chiens. Sans doute a-t-il fini son service et se prépare-t-il à rentrer à la maison.

Je me rase, je me brosse les dents, je me lave les cheveux, je prends une douche. La totale ! Mon public méritait bien ça.

Aujourd’hui, c’est le Jour du Cochon (celui de Monik Dierckx) (on tue le cochon et on le découpe en parts sociales) (ce sera la fête au village !) ? Jipéji t’a appelé pour confirmer ? Tu y vas ?

Songe à me rappeler de te demander quel est le plat préféré de Kabeya (j’ai besoin de cette information pour le dernier chapitre de mon roman).

- Tu triches, douchka ?

- Aie confiance ! Oyebi ngai, non ?

- Justement, c’est parce que je te connais que je me méfie !

Yao-le-cuisinier achève de faire passer le café. Kafui balaie. Kossi aiguise son coupe-coupe (il n’en restera bientôt plus rien ?). Yaovi coupe l’herbe (et ne me paraît pas transpirer outre mesure). Je le félicite

- Le lapin en sauce était vraiment délicieux !

Chérita lave les « nacos ». Elle a bien dormi (pas d’araignées, pas de voleurs, pas de vaudous). Fo Bomboma m’annonce que Gougoui va descendre à Lomé tout à l’heure.

Ah oui ! Faire les comptes avec Ekoé qui a géré le Quilombo, toute la journée du dimanche.

- Et installer la décoration pour les fêtes !

Je remets un peu d’argent à Gougoui. A remettre à Ekoé. Qu’il m’achète, s’il en a le temps, de la musique congolaise pour Ana. Nouvelle ou ancienne. Tout ce qu’il peut trouver. On vend ça, notamment, dans une petite boutique, sur l’avenue des Tecks, tout près du Quilombo, avant La Concorde, juste à côté du rail.

- Tu m’avoueras quand même, petite chérie, que c’est plutôt culotté et que ça frôle l’indécence, non ? Je vis au Togo, chez un artiste-musicien Togolais et je dois lui demander, de ta part, d’acheter de la musique congolaise !

- Tu trouves, douchka ? Pour moi, c’est la musique que je préfère, celle que j’aime danser, celle qui me branche depuis que je suis toute petite…

- Tu veux mon avis, petite chérie, c’est carrément insultant. C’est du sous-régionalisme culturel de très bas niveau qui consternerait tous les vrais internationalistes. On dirait notre ami Kabeya qui rechigne à manger le riz haïtien, le cochon de lait et les courgettes préparés par Malou !

- Tu donnes ton avis, tu donnes, tu donnes… Mais est-ce qu’on t’a seulement demandé quelque chose, bandecon ?

Les chiens sont tous les trois sous la grande rotonde. Sur le podium. Ils jouent de la musique ou répètent une pièce de théâtre ? Ils friment ! Tout en surveillant de loin les coqs et les poules du vieux d’à côté qui squattent la pelouse du parc.

- Et Kudjo, douchka ?

- Kudjo, ce matin, est occupé à refaire les allées de la propriété, là où elles ont été abîmées par la saison des pluies.

Je recense et j’inventorie les médicaments que tu as placés dans ma valise. Je dépose toutes les boîtes sur le lit. Il y en a quatre (ainsi donc souffrirais-je de quatre pathologies différentes ?). Deux pour rester jeune, beau et fort (la vieillesse, c’est une pathologie ?). Un pour les ulcères et un dernier dont je ne sais pas trop à quoi ça peut bien servir… Rien pour la tension et rien pour la prostate ?

Je picore.

Yao-le-cuisinier repasse et plie (avec l’aide de Chérita) les draps que Mawussi (aujourd’hui en congé) a nettoyés hier.

- Mais quand même, Papa Didier, ce livre… C’est écrit ici, à Nassogne, quand même… Ça va venir aussi en Afrique ?

- Il faudrait d’abord trouver un éditeur qui l’accepte, Yao. Et je n’y compte pas trop. Je ne vais pas faire des photocopies, acheter de grandes enveloppes et des timbres et expédier mon manuscrit à tous les commerçants de papier de la planète. Je n’en ai pas les moyens. Et d’ailleurs, à mon âge, on ne fait plus le gigolo. Mais, de toute façon, j’enverrai mon roman à tous ceux de mes copains et de mes copines qui ont une adresse e-mail. En Europe, en Amérique et en Afrique aussi. Et je sortirai aussi mon bouquin sur mon imprimante, en un nombre très limité d’exemplaires, que j’enverrai ici.

Yao-le-cuisinier n’a rien à cirer de ce trop long discours. Comme mes enfants, il pense que

- Ameli radio ?

je parle trop (comme Ima ?) (comme Mariki ?) (comme Alain ?) et que je ne réponds pas directement aux questions posées et que je suis toujours (ou presque) en dehors du sujet. Mais il est poli… il se retient de bâiller… et il fait semblant d’écouter... en somnolant…

Dans son épreuve, Yao-le-cuisinier a encore bien de la chance. Je lui épargne mes réflexions mathématiques sur l’impact de la diffusion des messages e-mail (surtout ceux qui portent un document en annexe) (un lourd !). Je considère, en effet que si j’envoie un même message électronique, hic ! à 200 personnes, 100 personnes seulement le reçoivent (beaucoup déménagent et ne communiquent pas leur nouvelle adresse), 50 personnes finissent par découvrir qu’un document y est « attaché » (le roman, quoi !), 25 personnes se donnent la peine d’ouvrir ledit document et se posent éventuellement des questions (qui c’est qui a écrit ça et qu’est-ce que c’est que ce machin-là ?), 12,5 personnes lisent le document (ou essayent de le lire parce que les parenthèses, c’est quand même chiant) (cela ne veut pas dire qu’ils l’impriment) (tout le monde n’a pas une imprimante) (et l’encre et le papier, ça coûte cher), 6,25 personnes sont perplexes mais décident d’être tolérants et de laisser leurs questions en suspens, 3,125 personnes prétendent qu’ils adhèrent (pour ne pas passer pour complètement ringards), 1,5625 personnes adorent (ou font semblant d’adorer). Je suis donc résolument optimiste. Un très petit nombre de personnes continuera à s’intéresser à ce que j’écris.

- 1,5625 personnes !

Et si j’envoyais mes textes à 800 adresses (encore faudrait-il que je mette de l’ordre dans mon carnet d’adresses et que je le complète ?) (ce que je n’ai pas encore fait et ne ferai sans doute pas d’ici la fin de mon séjour au château), j’obtiendrais des résultats plus entiers ?

- Il y a quelque chose qui cloche dans tes calculs, tu es encore en train de nous bourrer le mou, douchka ?

- Oui, mais de bonne foi, petite chérie. En toute innocence…Les mathématiques, tu le sais bien, ce n’est pas vraiment mon expertise !

- Tu as une expertise en quelque chose, toi ?

- Salope !

- Djimakpla !

Maître Benoît, appelé par Kafui, vient me voir. Sans radio mais avec une montre presque en or. Je lui passe commande de quatre nouveaux pantalons wax.

Je me remets au travail (pour nourrir…

- Ouais ! Et tes « Contes d’apnée », douchka ?

- Oubliés ! Remis à charge de la société globale !

- Et ton carnet d’adresses Outlook ?

- Egalement oublié, petite chérie ! Placé en réserve de la République !

la famille nombreuse) et je laisse la porte de ma chambre-bureau entrouverte. L’ouverture et la fermeture des portes répondent certainement à un code (je suis là, je ne suis pas là) (je peux être dérangé, je ne peux pas être dérangé) (je t’attends, je ne veux pas de toi) mais j’ignore lequel.

Et quand quelqu’un (ou, surtout, quelqu’une) se met devant ma porte, debout, sans rien dire, sans même tousser, et attend mon regard, ça veut aussi dire quelque chose ? Il faut que j’apprenne à lire les ombres ?

Moi, si je laisse ma porte ouverte, c’est pour l’aération.

Et alors quand je pète, c’est prudemment, avec respect, en essayant de ne pas faire trop de bruit pour ne pas déranger les gens qui circulent dans les couloirs du gîte.

Et quand je me gratte le nez, porte ouverte, je me déguise en penseur de Rodin.

Dans une chambre à côté quelqu’un tousse, une femme, par quintes, régulièrement. Ça dure depuis des heures. Ça s’arrête puis ça reprend. L’amour fait-il tousser ? Et la tuberculose, ça se transmet par relations bucco-génitales ?

- Et tu crois que le bruit de ton clavier, ça ne dérange personne, bandecon ? Tu tapes comme un malade ! Et tu crois, sans doute, que ça ne la dérange pas, elle ? Et la fumée de tes cigarettes ? Tu fumes comme un autre malade ! Tu t’imagines peut-être que ça ne l’indispose pas ?

- Dis-moi seulement que tu m’aimes !

- Va te faire…

Peut-être la madame a-t-elle mangé trop de frites (servies en chambre !) avec de la moutarde et du pili-pili, non ?

A Nassogne, sauf pour quelques hôtes ou usagers qui ne m’ont pas encore rencontré, je suis (presque) entré dans le paysage, je suis (presque) devenu invisible. Et ça ne me déplaît pas.

Oh là, les gens vont s’imaginer gens que je leur fais des confidences et que je leur livre des secrets ! Et ça pourrait même les mettre mal à l’aise ? Ou, au contraire, les ravir d’aise ? Qu’ils se détrompent ! Et qu’ils se méfient ! Plus je semble leur faire des confidences et plus les gens sont en droit de se méfier. Plus je me découvre et plus

- Mobudiééé !

les gens prennent froid.

Treize heures. Gougoui n’est pas là, sa conversation me manque, la pizza

- Avec de la pizza au menu, petite chérie, je peux faire régime tous les jours !

n’a jamais été mon truc (même si celles de Yao-le-cuisinier sont appréciées par tout le monde) (et surtout par des Canadiennes qui travaillent dans un projet machin) et j’ai à peine nourri mon imagination avec une salade de chou…

- Bouffe, dormir ?

- Pas quand je fais régime, petite chérie !

Et si je m’occupais autrement… Et si j’imaginais tout autre chose… Et si j’écrivais, par exemple, que Nicole s’est retrouvée les pieds dans le plâtre parce qu’elle s’est fait écraser par une voiture complètement éméchée que conduisait Moura ?… Le coup de frein brutal et la voiture de Moura qui s’arrête pile… Nicole qui reste étendue sur le sol… Incapable de se relever… Les pieds fracturés … L’arrivée de Police Secours et du Samu… Nicole qui se fait embarquer par les flics et Moura par le Samu…

Mais Ana risque de démentir tout ça ?

- Ça va pas la tête ?

Et Agnès aussi.

- C’est peut-être le début d’une crise de paludisme, tu ne crois pas, Ana ? Tu devrais peut-être le faire rapatrier d’urgence, ton bonhomme (c’est quand même le père de tes enfants), non ?

Le paludisme, c’est quoi ? Quels en sont les symptômes ? C’est quand je me fais lècher le serpent par un rat ? C’est quand je tire sur un azui et que j’abats un agouti ? C’est quand je fais du cramique avec, en guise d’oignons, des escargots de mer séchés (découpés en tout petits morceaux) ?

Mon deuxième paquet de fiches est à présent terminé. Je passe au papier à lettre de récupération (portant l’en-tête du Syndicat Intercommunal d’Assainissement de la Région d’Etampes) que Gougoui m’a refilé. Je bascule.

Et, comme cela m’arrive de temps en temps, je me pose une question métaphysique, hic ! (ou pharmaceutique ou mathématique, je ne sais toujours pas). Je me permets de te la soumettre, petite chérie.

Pourquoi, placés le même jour, à la même heure, l’un à côté de l’autre, sur la même barre de bois (servant à suspendre une moustiquaire), mon gant de toilette (dont je ne me suis plus servi depuis cinq heures quarante ce matin) et mon slip de nuit (que j’ai achevé de nettoyer à six heures moins le quart), ayant bu la même eau du même robinet dans la même salle de bain, seront-ils, demain, à sept heures dix, l’un déjà sec (mon slip de nuit) et l’autre encore humide (mon gant de toilette) ?

Kudjo creuse à la pioche le fond de la piscine (le rêve de piscine de rêve reste encore à réaliser) (aujourd’hui, c’est encore un trou). Il remplit de terre, avec une pelle, des brouettes de terre qu’il déverse ensuite dans les allées de la propriété, là où elles ont été abîmées par les pluies.

- La pente n’est pas trop dure à remonter ?

Elle l’est.

Gougoui revient.

Nouvel arrivage de journaux ? Pas avant mercredi ou jeudi ? C’est seulement alors que paraissent les hebdos ?

Eh bien non ! Gougoui me ramène encore six journaux. Un quotidien Togo-Presse, un bi-hebdomadaire (Forum) et quatre hebdomadaires : Golfe Info, Nouvel Echo, Motion d’Information (avec une interview de l’ambassadeur de la RDC) et Le Combat du Peuple. Et, malheureusement, pas de Liberté Hebdo et donc pas de chronique de Fo. B. Je te lirai tout ça demain, petite chérie

Je demande à Gougoui s’il a fini de décorer le Quilombo

- C’est fait.

- Il faudra enlever la décoration tous les soirs et la remettre tous les matins ?

- Non, on a mis ça à l’intérieur seulement. Sauf les petites ampoules de couleur attachées à des fils électriques. Celles-là on les rentrera effectivement tous les soirs.

Et Gougoui me ramène aussi (je suis gâté !) des cassettes et des disques de musique congolaise. Plein ! Ebele ! Achetés par Ekoé…

- Il est d’abord allé à l’endroit que tu avais indiqué mais le commerçant n’avait pas grand-chose (le stock n’avait sans doute pas été renouvelé depuis votre dernier pillage à Ana et toi ?). Demain, il se remettra en chasse du côté du grand marché. Et il ramènera sûrement encore d’autres disques et d’autres cassettes. C’est marrant, les disques, actuellement, sont moins chers que les cassettes ! Moi-même, j’ai ai trouvé deux à cinq cent francs CFA dans la rue, devant le Quilombo. Un disque de Franco et une compilation de « Grands succès d’Afrique 86/87 ».

Je salue un des deux menuisiers de l’équipe qui s’affaire sur le chantier de l’atelier-salon de musique et je lui demande comment il s’appelle.

Il paraît hésiter (c’est quoi ce Yovo-là et qu’est-ce que ce mec me veut ?)… Mais, tant qu’à faire, finit par me répondre.

- Moi, c’est Papa

- Moi aussi. Je m’appelle Papa Didier. Et vous, c’est Papa comment ?

- Papa tout court.

On se tape les mains.

Le plafond de l’atelier-salon de musique est peint en bleu, les murs chaulés en blanc et le sol est rouge. On va bientôt jouer la Marseillaise en high-life dans ce bastringue.

Gougoui s’en était déjà rendu compte

- Demain je fais repeindre le plafond en blanc !

Oh là, j’en suis déjà à la soixante-quinzième page de mon récit de pure fiction, avec des personnages bien réels. Et mon roman sera bientôt terminé. Et je n’ai toujours reçu aucun appel, ni d’Hortense, ni de Djuna.

Que faire de ces personnages défaillants ? Quelles aventures leur imputer ? Je risque de terminer (bientôt) mon bouquin sans eux.

Et si Hortense, l’insouciante et la bienheureuse, ne me sonne pas, comment pourrai-je avoir des nouvelles de ses petits, Percy (le petit bout !) et Lohile (toujours aussi joyeuse et souriante que sa mère ?) ? Et de ses grands, Olivier et Loïc ?

Et Djuna, l’extraterrestre, s’est-il seulement rendue compte que je suis parti quelque part mais où ? Je me rappelle qu’il ne s’est pas encore donné la peine de rendre visite à ses deux dernières petite nièces, nées cette année, il y a quelques mois, Lohile d’abord et Nyssia ensuite… Je peux toujours attendre…

Kossi a ramené des épis de maïs de son champ. Comme promis. Et Kafui les a préparés (trois bouillis et trois frits) et nous les sert.

J’interroge Kafui.

- Où il est Kossi ?

- Il est parti chercher du deha.

- Je te demande de lui dire merci (je commence à avoir de bonnes manières et je dis à Kafui ce qui doit se dire ?)…

Chez les chiens, ce soir, c’est quasiment la partouze. Surtout Bull et Dog, les deux agités. Et que ça se saute dessus et que ça se mordille et que ça se lèche partout et que ça se court après et que ça se catche et que ça se mélange les salives. Pit, à certains moments, condescend à partager les divertissements de ses cadets. Mais, la plupart du temps, il regarde ça de loin. Et philosophe.

Dog a un énorme potentiel sentimental !

Dog et Bull attrapent une mante religieuse, lui donnent des coups de patte, font mine de la mordiller, jouent avec elle (mais je ne suis pas sûr qu’elle se marre tellement) et quand elle est totalement KO et qu’elle ne bouge presque plus, ils la découpent en parts sociales (comme le cochon de Monik) et se la bouffent.

Pit, maintenant, ne participe plus à ces jeux-là, il a passé l’âge, ça ne l’intéresse plus. Il philosophe.



A Nassogne - Annexe 1: Les principaux personnages du roman

Didier de Lannoy
A Nassogne
sous-titré Presque un mois chez Gougoui Kangni
roman,
avec des personnages réels, se passant en un lieu précis, à une époque déterminée
2005-2006
Extraits


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Liste non-exhaustive des personnages bien réels qui se sont invités dans le roman (tout se passe dans la tête, non ?) pendant mon séjour de presque un mois à Nassogne, chez Gougoui Kangni



Les châtelains et les manants (et des manants, il y en a de toutes les régions du pays, des Flamands et des Wallons et même des Bruxellois) de Nassogne : Gougoui et Nicole (les nouveaux seigneurs de Nassogne et chefs néo-traditionnels du village qui, peu à peu, s’est érigé tout autour du château), Fo Bomboma (le grand-frère et le superviseur) (l’homme à qui Gougoui confie ses clefs) (qui sait tout faire

- Mais il a parfois la tête ailleurs, il plane un peu, il oublie des choses…

et qui le fait bien) (et Lucia, sa jeune épouse), Yao (le patron de la cuisine) (qui ne s’énerve jamais) (même en cas d’affluence), Gabriel (le chauffeur à temps partiel, le « guide éclairé », l’excellent narrateur) (croyant et courtois) (que je n’ai malheureusement pas vu au château), Kafui (l’intendante générale) (une « ancienne », très courageuse et tout à fait adorable mais qui n’arrive pas toujours à s’imposer aux plus jeunes) (ceux qui ont été engagés avant elle estiment qu’ils n’ont pas d’ordres à recevoir d’elle !), Kossi (le jardinier « géant », presque toujours en casquette, calme et silencieux), Kudjo (l’homme « qui est continuellement de bonne humeur » et que les travaux lourds n’effrayent pas), Yaovi (Yao le petit) (le jardinier espiègle qui rêve d’entrer en cuisine mais qui ne peut concocter, faire revenir, étuver, flamber, rissoler, saisir, touiller dans un local confiné sans suer à grosses gouttes) (dans les marmites !) (et ça ne plaît pas à tout le monde ?), le vieux Kluvi (le gardien de nuit) (mais qui est aussi le chef scout de son village), Mawussi (la bien sapée, la souriante et la boudeuse, qui traîne un peu les pieds et dont les mains sont molles) (l’alanguie !), Chérita (une petite nouvelle du Quilombo, une solide, qui est toujours à la recherche d’un truc à faire… mais attend les ordres), Dela (une autre serveuse du Quilombo venue également donner un coup de main à Nassogne), Nestor (le cuisinier d’appoint, fidèle serviteur du dieu sodabi, qui nous a préparé, à Gougoui et à moi, plusieurs excellents repas de Nouwel)


Ma famille étroite (mais pas trop coincée) (ceux qui procèdent de moi ou dont j’ai fait l’acquisition par mariage, par concubinage ou par apparentements divers) (d’abord je cite ma femme mariée, dont j’ai déjà chanté le cul, puis les beaux et les belles du côté de chez Gougoui et Nicole et, ensuite, mes sœurs et frère et, après, les nièces et les neveux et, enfin, notre bonheur quotidien à ma femme et à moi, tous nos petits et les coquins et les coquines de nos petits et les petits de nos petits) : Ana (la veuve

- Je m’entraîne, quoi !

de presque un mois) dite aussi Muka, dite aussi Petite Chérie (mais dite aussi Salope ou, quelquefois, Bobonne) (mais ça n’a rien de péjoratif, quoi ! c’est comme les féticheurs qu’on appelle aussi « charlatans »), Venance, Kinvi et Claver (les beaux-oncles), Moura (la belle-tante)

- Moura est inclassable ! Elle ne porte jamais de jugement sur personne, cette femme-là ! D’accord, je l’ai acquise par mariage (c’est la soeur de ma belle-mère, non ?) mais je la verrais tout aussi bien figurer dans ma famille très épanouie, ma famille congolaise d’élection. Comme Marie-José (qui, après tout, est aussi la sœur d’Olivier et dont j’ai également fait l’acquisition par mariage) (mais que j’aurais pu rencontrer ailleurs et autrement). C’est vachement compliqué la métaphysique (ou la pharmaceutique ou la mathématique), non ? Moura ne pourrait-elle pas ne pas être Blanche, non ? Un peu de couleur, ça lui ferait du bien, non ?

Luz et Agnès (les belles-sœurs), Eliane, Bernadette, Brigitte et Thierry (les sœurs

- Elles et lui ne procèdent pas de moi et je n’en ai pas fait l’acquisition par mariage mais ils font néanmoins partie de ma famille étroite, non ?

et le frère), Neil, Sarah et David (les neveux et nièce d’Ana), Ekoé (le neveu de Gougoui) (le beau-fils de ma belle-mère ?), Hortense, Nadine, Eric, Djuna, Lianja, Carmel, Princesse N’Gika (les enfants !), Gayette, Léandre, Nadine (une autre Nadine), Etienne et Amina (les enfants de Vieux Anselme qui sont aussi nos enfants puisque Vieux Anselme est aussi le père et le grand-père de nos petits et de nos kokos à nous)

- Et Passyna ?

- Comment donc pourrais-je oublier Passyna !

- Et Corinne ?

- Corinne aussi !

Kusma, Albert, Jean-Luc, Christophe, Olivier, Alice, Difan, Karine, Soumaya (les beaux-fils et les belles-filles) (et les ex de nos enfants)

- Ils en ont du succès, nos enfants ! Mais sont-ils toujours constants et s’appliquent-ils suffisamment (l’amour, ça se gère, disait Ya Nze). On n’aime jamais assez mais on ne peut pas aimer tout le monde, tout le temps et de la même manière, non ?

Loïc, Percy et Lohile, Sukina, Kako et Tensia, Maëlle et Nyssia (les kokos !)

- Et Malka ?

- Malka aussi !


Les grands-mères : Mamy, Mamie Marguerite, la Mami, la Routou (pour

- Peut-on avoir une grand-mère sans en avoir une autre ?

mémoire) et la petite vieille courbaturée dont on croit qu’elle prépare du gari ou de l’huile rouge au fond du parc mais qui, peut-être, possède des yeux derrière la tête, jette des sorts et mange des gens la nuit.


Mes papas et mes mamans, mes grands frères et mes grandes sœurs, mes « vieux » (certains sont plus jeunes que moi !) à qui je dois (et qui me doivent !) du respect : Denise (la mère-chef) et Tonton Arnaud, la maman d’Alice, Papa Engulu, Papa Mpanu-Mpanu, Vieux Henri (qui m’appelle Petit Frère et ça m’honore) (et sa femme, Mère Hono), Vieux Stany (Bodiewicz, alias Dolenga) (qui m’a refilé son vieux portable), Vieux Mudabi, Papa Charles Lundulla, André Ilunga-Kabongo (et sa veuve, Adolphine), Ma Betty, Anselme Kaleme Tampi (dit Koko Anselme) (alias Vieux Anselme) que j’ai déjà cité, la maman d’Antoinette, la maman de Marychelo.


Ma famille épanouie (les vivants et les morts) (la famille au sein de laquelle je me sens toujours à l’aise, même quand je prends du bide !) (les Yovos s’interrogent

- Et comment on y entre dans cette famille-là ?

- Pas par liens de parenté directe. Plutôt par initiation et par adoubement. Par complicité (les codes et les secrets partagés, les services échangés, les coups de gueule et les coups de main, les hontes bues, les aventures vécues et les douleurs éprouvées en commun, les coups montés et les complots déjoués ensemble, les longues disputes et les vieux conflits définitivement réglés (on a tout sorti !), les casiers de bière descendus en bande pendant des nuits entières, que sais-je !). Le voisinage et la proximité ne suffisent pas. C’est avec cette famille-là qu’on prend un pied pas possible. Quelquefois on peut y entrer par mariage dans cette famille-là (même des Mindele !) (ou des Yovos comme on dit ici). En s’accouplant avec un membre fondateur. Par copulation, quoi ! Ou par cooptation. Mais ce n’est jamais acquis, ça ne marche pas toujours, il faut quand même faire ses preuves…

- Comme d’habitude tu nous racontes des couilles !

et, comme d’habitude, ils ne comprennent rien à rien) : Nzeza Bilakila (aliasYa Nze) (et Marie), Monique et Lisette Fodderie (et Constant), Kankwenda Mbaya, Kabeya Nyonga, Iyofe Isasi, Sombo Dibele Awanan (qui ressemble à Kangni Alem), Ima Mukakimanuka (qui parle, qui parle, qui parle, qui parle, qui parle

- Mwasi wana, ameli radio !

- Et toi alors, tu écris, tu écris, tu écris, tu écris, tu écris. Tu ne pourrais pas te laisser aller à vivre, comme tout le monde, simplement ? Et t’occuper un peu mieux de ta femme et de tes enfants ? Et de ta vieille copine Ima ? Yo mpe !

qui n’arrête jamais de parler) (et François), Antoinette Safu Mbakata (et Teresia), Marie-José Engulu, Rachou Mpanu-Mpanu, Achille Ngoye, Jean Omasombo, Judith Bisumbu, Césarine Bolya (mais Sinatu, ça lui va tellement mieux !), Malou Fontier (et Guy Gelgessen), Cricri Fontier, Bruno Kasonga, Djuna Djanana, Raymond Suke Nzanga, Tabaro Tshimalamongo, Nono Tala-Ngai, Emongo Lomomba (le râleur !) Kabu Mwepe (et Jean Dehasse), Salumu Yamba-Yamba, Ekambo Duassenge Ndundu (Jean-Chrétien !), Max Ngbanzo la Mangale (et tous les autres anciens terrassiers du 27 oui du 16, Comité urbain, à Kinshasa-Gombe).


Les votants et amis (ceux dont on peut raisonnablement supposer qu’ils nous donneront leur voix, à Ana et moi, au prochain suffrage) (sauf s’ils sont morts, quoique…) des circonscriptions électorales d’Espagne, de France et de Belgique: Alain Brezault (sans cesse sur le métier remettez votre scrabble, mon frère ! et tu finiras bien par la battre, cette salope d’Ana !) et Françoise De Moor (que le site de Nassogne pourrait intéresser, même au plan professionnel) (et qu’apprécie beaucoup Gaëtan Noussouglo, le directeur de Filbleu, le copain de Credo) (et Arno, évidemment !), Kangni Alem (dont Gougoui dit quelques mots, à l’intérieur de ce récit), Sami Tchak, Vincent Kalimassi, Lamin Koré, Kibushi

- Tiens, ça fait longtemps que je ne l’ai plus vu, cet homme-là !

et Lisette, Mohamed Belhouari, Hans Samyn (le fidèle entre tous), Jamal Tahtah (qui déprime parce que les gens sont cons) (il y a de la matière !) et Toula Aslanidis, Jan De Cort (et Isabelle), Jules N’Gole Iliki, Marianne Berenhaut et Lili Liesens, Henri Jouant (et Nuray), Roger Mazanza, Didier L’Homme, Claudine De Moor (et Jean-Marc Dezille), Fabrice, Hakim et Azziz (de la Brasserie de l’Union), Nago Seck, Gregor Beck et Stéphanie, Elke Vliegen, Anne Duplat, Julie Sassi, Vincent Kenis, Jimmy (Mobali ya ba Mama !) et Jazz-Moro, Robert Dehoux (et Yaki), Justin et Junior, Bob Caiembe (dont le canotier est un stetson !), Jean-Pierre Jacquemin (alias Jipéji) (alias le Grognon) (mais aussi le « passeur », comme dit Alain) (celui qui a sorti le cul de ma femme mariée de son trou) (oserais-je dire de sa fosse septique ?) (avec la complicité active de Gaby Castel et de Pierre Lelong) (l’ami de quarante-cinq ans, quoi !) (putain, ce salaud me vieillit…), Ma Betty, Jean-Paul Kilosho, Alonzo, Dominique alias Do (originaire de Yolo-Nord et qui connaît bien « Qui saura »), Yannick Nkoy, Jackie-la-Marraine, Shango (de la Casa Latina), Elisabeth Lusinde, Gauthier de Villers (qui, dans le temps, m’a obligé

- On peut rêver de devenir voyou mais c’est toujours mieux de l’être avec un diplôme ! Ça rend la vie plus facile…

à terminer mes études universitaires) et Violaine et Jean-Marc Turine, Pascale (dont on fête l’anniversaire tous les ans) (sauf cette année) (mais peut-être n’avons-nous pas été invités ?), Claude et Lieve (il y a des couples dont on pourrait presque oublier qu’ils ont, chacun, un nom particulier) (c’est le stade suprême ?) (l’extase

- Eeh ! Eeeh ! Aolooooo !

conjugale ?), Nadine et Bernard (c’est pareil !), Walter et Annick (c’est pareil !), Paul et Nicole (c’est pareil !), Marc et Nicole (ce n’est pas la même Nicole mais c’est pareil aussi), Françoise et Alain (c’est pareil aussi mais je les ai déjà cités plus haut), Roby et Claudine (c’est pareil encore !) Michel et Odile (c’est toujours pareil !) (ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’embrouilles dans ces couples-là) (sûrement que oui !) (mais je pense qu’ils devraient hésiter à se séparer) (il faut penser aux autres, non ?) (car s’ils se séparaient, ça tuerait Jipéji, il aime trop les familles unies, il tient ça de son éducation jésuitique et gaumaise, il ne s’en remettrait jamais !), Kathy Vincent, Didier Beaufort (et Dahlia, sa luxembourgeoise), Filip De Boeck (qui devait ressembler à Dog quand il était petit) (un peu braque et débordant d’affection) (très intelligent mais plutôt gâté !) (je me trompe sûrement ?) (que je me tape la bouche comme dirait

- Oh là, tu joues avec le feu, mon gars !

Césarine ?), Maurice Mbiye Beya, Christine Thunissen, Ngangura Mweze (alias Moprezo), Marianne Hailliez, Ouardia Derriche, Marie-Claude Wauthy, Sabrina Vanhenden, Laurent Baele, Jan Piro, Dirk Van Geystelen (alias DVG) (qu’un de mes anciens collègues

- Je ne vous dirai pas lequel ! Ni s’il travaille toujours à la Régie des Bâtiments !

a baptisé un jour « Dirkouille-la-fripouille »), Jean-Marie Lahaye (en partance pour le Brésil ou venant à peine d’en revenir), Monik Dierckx (dont on tue le cochon en plein milieu de ce récit), Jean-Claude Torfs (l’homme miracle), Alfred Severi (le « papa Saint-Nicolas » de la Régie des Bâtiments qui continue de penser à mes kokos, même après ma mise au placard), Françoise Mairesse, Eliane Lhoir, Bart De Corte (le goupil, l’ancien complice) et Christian Smeyers, Olivier Van Vyve, Alexandre Piraux et Jean-François Foulon (toujours aussi tourmentés ces deux-là ?) (mais sont-ce les mêmes tourments ?), Marychelo Lopez (la généreuse) (et Abdou), Anne-Louise Flynn (la voisine qui vient souvent boire un verre à la maison) (mais qui ne nous invite jamais chez elle), Jean Makunga (le banquier devenu pasteur), Roland et Catherine (les VDB !), Erik Beeth (au départ, ce docteur-là était le féticheur suédois préféré de Lieve) (et maintenant il est devenu le féticheur attitré de presque toute la famille), Nzema Omba (à qui j’ai promis de ramener des « objets culturels » du Togo), Maddy Tiembe, Tony De Vuyst, Dieudos Makwanza (le papa de Mohamed), Laurent Delferrier, Qui Saura, Sauter-Sauter (le journaliste allemand qui, si je me rappelle bien, a un os à peler avec Alain et Jipéji ?) (ou serait-ce l’inverse ?).


Les votants (et même quelques notoriétés) de la circonscription électorale de Lomé : Désirée (la gérante du Quilombo), Lisa (la revendeuse d’ignames frites qui travaille en partenariat avec le Quilombo), Dela et Chérita (les deux serveuses du Quilombo qui sont venues « en stage » à Nassogne pendant mon séjour), Adjovi (la plus jeune des nouvelles serveuses du Quilombo, un peu boulotte, dont le beau sourire est encore très enfantin), Roger Atikpati (l’incontournable !), Assou Kossi (alias Modesto) (le peintre et le sculpteur), le « commissaire » qui occupe un « poste important dans la capitale » et la « femme du commissaire », le docteur Koffi A. Kuzeawu d’Aflao Gakli (qui a soigné

- Bien sûr que j’apprécie ses talents ! Mais j’espère bien ne pas devoir recourir à ses services cette année !

Djuna il y a trois ans), la pharmacienne de la Cité, (dont l’officine est installée sur le boulevard du 30 août, à main gauche quand on va vers Nassogne, près du baobab) (et qui a ajouté un étage à son bâtiment), John le flûtiste (et Yao) (encore un Yao !), Jimi Hope (de Lomé mais aussi de Lille), Koffi et Salissou (et leur équipe de raboteurs de planches) (dont Papa) (qui s’appelle aussi Victor et qui a fini par déserter le chantier de l’atelier-salon de musique de Gougoui) (peut-être pour aller « faire le Zémidjan » à Lomé ?), Vieux Mongol (le copain du copain d’Achille) (le pote de Père Ngoye et d’Amoureux Célio) (qui habite une grande concession à quelques 250 mètres de l’avenue de la Libération, près de l’école primaire de Tokoin-Gbonvié, à côté de Photo Jean) et papa Aba (dont la femme fait du commerce entre Lomé et Cotonou et vend aussi, à toute la communauté congolaise de Lomé, de la chikwangue qu’elle fabrique elle-même) et Guy Michel (alias Mandela) (qui animait, il y a trois ans, les émissions Pepsoupe et Lomé Bisengo et Escalier à Radio Tropik FM) (tous trois citoyens de l’ex-Zaïre, aujourd’hui RDC) (que je ne suis pas allé voir cette année parce que je suis resté cloîtré à Nassogne), le réparateur du petit groupe (à essence) dont le fils de huit ans s’appelle Carmel, Max (le fabriquant d’insectes), Gaëtan Noussouglo (de Lomé mais aussi de Montbéliard) (le directeur du Festival International les Lucioles Bleues), Crédo Tetteh (le directeur de publication de Kyrielle, copain de Gougoui et de Kangni Alem) (et qui fera en sorte que, tôt ou tard, ces deux-là finiront par se rencontrer ?), tous les chroniqueurs et journalistes des magazines et des journaux de Lomé qui ont mis de la chair fraîche sur mon vieux clavier (Eric Tanade, Fo. B, Jean-Darius Edem, Rudyie, Jacques Komi Solete, Ahoévia, Monia, Exo 7, E.D., etc), Maître Pousser-Pousser (instituteur à la retraite), Vieux Jeune (doyen d’âge de sa collectivité), le porteur de l’aéroport de Lomé qui a rapidement repéré mes bagages grâce au truc du petit morceau de ficelle bleue accroché à la poignée de chaque valise, le douanier souriant qui m’a accueilli, les revendeuses (de tout) et les commerçants (de tout aussi mais pas de la même chose), les trafiquants d’essence ghanéenne…


Les autorités locales et les votants de la préfecture de l’Avé et, plus particulièrement, de la circonscription électorale de Badja : le préfet de l’Avé (dont les bureaux sont à Kévé) (et dont la petite fille de six ans s’appelle Daniéla) (une future grande joueuse de volley-ball !), le juge du tribunal de Kévé (qui aime présenter Nassogne

- Dans le coin aussi, on a des endroits très chouettes !

à ses copains de Lomé), l’oncle de Gougoui (qui habite Assahoun et qui est le chef scout de la région, à près de soixante-dix balais, et porte trois bûchettes) John Agbe (le peintre et musicien qui a quitté Bagbe-Douane et a déménagé à Assahoun), Gilbert (le tailleur qui, il y a trois ans, résidait à Nassogne même, au gîte, mais qui, depuis lors, est retourné à Assahoun), les handicapés cordonniers d’Assahoun, Toko (le garagiste d’Assahoun), les « Musulmans » (des Haoussas ?) qui vendent des brochettes de mouton au bord de la nationale, toujours à Assahoun

- Et le père capucin que j’ai rencontré dans l’avion, je le situe où, celui-là ? Le haut plateau de Danyi ne fait quand même pas partie de la préfecture de l’Avé ?

Togbui Koffi M. Dogble Avogan VI (le chef traditionnel du canton de Badja) (qui a été baptisé Adof, à sa naissance, parce qu’il est né le jour de la joyeuse entrée de Hitler dans Paris) (mais dont le caméléon protecteur, situé au dessus du portail d’entrée, a perdu une bonne partie de sa queue) (sans doute est-ce la faute des gamins qui jouent au foot devant la concession du chef ?) (mais elle repoussera !), le Commandant-Brigadier (le CB !) de la Brigade Territoriale de la Gendarmerie Nationale du canton de Badja (dont le portable est souvent déchargé), le vieux d’à côté (qui, tous les soirs, tousse, tousse, tousse) et sa deuxième épouse, Maître Benoît (le meilleur tailleur de Badja ?) (ils sont quand même trois, il y a de la concurrence, non ?), Kumi (ou Komi) (ou Kuami), le maçon originaire de Badja (et qui y loge quand il a un chantier à Nassogne) (mais qui travaille à présent à Lomé) et son suiveur-dormeur, l’imprimeur des calendriers de Gougoui (qui travaille aussi à Lomé mais dont les parents habitent Badja et qui vient régulièrement visiter sa famille), la grand-mère et la tante de Kudjo (qui, toutes les deux, ont une maison à Badja et qui le logent) (tantôt l’une, tantôt l’autre), les parents de Kossi (dont celui-ci habite la « maison familiale » à Badja… mais pas sa femme et ses enfants), la grand-mère de Mawussi (chez qui celle-ci demeure, à Badja), le mécanicien qui n’a pas été capable de réparer le grand groupe électrogène du gîte (et qui, auparavant, travaillait à Satal, la ferme-élevage de poules et de poulets des Lybiens) et son apprenti.


Les visiteurs et les usagers du gîte rural de Nassogne (c’est comme ça que fonctionnent les châteaux aujourd’hui, quand les châtelains sont désargentés ou sous-capitalisés) (voire même socialisants !) (on organise des réceptions et des concerts, on accueille des festivals de théâtre, des pique-niques littéraires, des soirées culturelles, des séminaires de formation au management et des retraites spirituelles, on commercialise les produits du verger, du potager, de la basse-cour et de la cuisine) (les confitures d’ananas, de mangues, de citrons, d’oranges

- On a même essayé avec les bananes mais ça donne plutôt de la compote !

de papayes, de corosols) (le pain de campagne aux céréales cuit au feu de bois, les différentes « sauces » cuisinées sur place) (et le lard fumé et les rillettes et les pizzas) (et bientôt les brochettes de mouton et le sodabi) (fabriqué avec le trop plein de fruits de la propriété ?), on ouvre un gîte rural accessible à tout venant, on baise la main (parfumée ?) de mémères empesées et on se farcit les discours (débiles ?) de pépères ventripotents, on loue des histoires à raconter et des espaces à occuper (mais on se ménage quand même un « espace privé ») à ceux qui le demandent (des ornithologues et des orthophonistes, des pharmaciens et des infirmiers, des cadres d’entreprises et des hauts fonctionnaires, des restaurateurs à la recherche de nouvelles « saveurs », des gastronomes et des soûlards, de jeunes amoureux et de vieux fornicateurs, des pagneuses et des robeuses (et aussi de jolies filles en jeans avec un top de couleur vive), des parvenus et des impatients « qui voudraient bien y être », des « volontaires » du Corps de la Paix (dont les meilleurs éléments trouveront un bon boulot à la C.I.A. ?), des thésards, des musiciens, des écrivains en mal d’inspiration, des professionnels du spectacle et autres cultureux) pour se faire un peu de blé, s’acheter un sac de cinquante kilos de gari (bien croquant) en provenance d’Aneho (ou de Glidji), un groupe électrogène diesel du Nigeria et une dizaine de pintades de Dapaong, réparer la toiture ou la voiture, reconstituer peu à peu les trousseaux de famille et les troupeaux de génisses) : Michel Dehoux, alias le mollah Omar, et Odile Fabregoul (qui furent les tout premiers clients du gîte en 2002), Daniel Derrien, Papa Engulu, Moura, Mariki (et Olivier, son fils), Philippe Guilmin, Ana et Didier, Ima et François, Djuna et ex-Difan, Lianja, David, Sukina, le propriétaire de la superette La Concorde, des Américains (passant leurs journées à dessiner et à prendre des photos) venus rendre visite à leurs « petits » (qui deviendront grands et travailleront pour la C.I.A. ?), un pasteur qui délivre ses prescriptions divines par portable (en gueulant et en gesticulant) (toute la nuit durant) aux patients qui le consultent

- Se fait-il payer à l’avance ou dispose-t-il d’une ligne rose ?

un ancien policier français travaillant à présent dans l’ « humanitaire pharmaceutique », une jeune femme en détresse (une bêcheuse !) venue demander (comme moi ?) l’asile conjugal au monastère, des « assoiffés » qui viennent boire de l’Awoyoo ou de l’Eku ou de la Flag ou de la Pils ou de la Castel ou de la Guiness ou du deha ou un cocktail à base de sodabi et de citron qui s’appelle, évidemment, le « Nassogne » (et subsidiairement manger), des « affamés » qui viennent déguster ou dévorer des « spéciales » et des « exquises » (et subsidiairement boire), des « hôtes » qui logent dans les chambres et des « usagers » qui s’envoient en l’air dans les bungalows, que sais-je encore !…