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lundi 26 avril 2010

A Nassogne - Le huitième jour

Didier de Lannoy
A Nassogne
sous-titré Presque un mois chez Gougoui Kangni
roman,
avec des personnages réels, se passant en un lieu précis, à une époque déterminée
2005-2006
Extraits

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Le huitième jour


Six heures. Chaque jour, disais-je, est un nouveau roman. Il faut assurer. Et ce n’est pas toujours facile. Il y a des jours avec. Il y a des jours sans.

Mais, en général, le rendement est bon. Moins d’une semaine et déjà près de quarante pages.

- Et combien de kilos en trop, douchka ?

Il faudrait que je retrouve mon programme. La fiche sur la quelle j’ai noté les instructions et commandes d’Ana. Il serait temps que je m’organise.

Mais j’ai beau chercher, je ne la vois plus nulle part, cette foutue fiche.

- Et ton couteau d’Air France ?

- Non plus, petite chérie…

Je me rappelle quand même certaines choses qui étaient inscrites dessus : les chaussures d’Ana (achetées à Lagos) (chez un cordonnier sénégalais) (voir si

- Gougoui s’en est déjà occupé, petite chérie. Je dois simplement suivre le dossier…

les cordonniers du coin peuvent fabriquer le même modèle), les cinq à six (ou moins ?) boîtes d’antibiotiques « à large spectre» (à acheter à la Pharmacie de la Cité), les médicaments que le docteur Beeth m’a prescrits (ne pas oublier de les prendre tous les jours), les bâtonnets dont on se sert pour nettoyer les dents (nzete ya mino ?) pour Djuna et Lianja (j’ai déjà « envoyé » Fo Bomboma !), le régime (qu’Ana voudrait me faire

- Je voudrais que tu perdes encore cinq kilos de graisse, douchka !

respecter), les pantalons (à faire

- C’est fait, petite chérie !

réparer) et encore les pantalons wax (à faire

- Ce sera fait dans la journée, petite chérie !

faire)…

Nzema Omba m’avait aussi demandé de lui rapporter quelque chose (mais quoi ? des revues, des « objets culturels » ? lesquels ?) du Togo pour Panafrica…

- Et qu’est-ce que je pourrais bien lui ramener ? Une pipe en terre ou en bois de la région de Kanté (ou Kandé ?), au nord de Kara, près du Bénin, la région des fameux « tatas » classés par l’Unesco, c’est du culturel diplômé, ça, non (mais je ne vais quand même pas me déplacer jusque là) ? Ou une calebasse ghanéenne, décorée et peinte en noir et en rouge (mais ce n’est pas togolais, ça !) ? Ou, plus simplement, des catapultes érotiques (mais Philippe Guilmin a déjà mis le grappin sur tout le marché…) ? Ou alors, une revue ou une autre, paraissant à Lomé et qui traite de la musique togolaise (ainsi Nzema Omba apprendra-t-il, dans Kyrielle, que « le hip hop vire au tradi-hip » et que l’Eperviermania s’empare des artistes du pays), de mode et de spectacles ?

Ouf, je viens de retrouver ma fiche !

- Et ton couteau d’Air France, douchka ?

- Toujours pas…

J’avais, me semble-t-il, retenu le plus important mais je lis aussi qu’Ana avait demandé (avec insistance) (en soulignant trois fois) que je lui lui ramène des ngubas (fraîches et pas fraîches) (je vais « envoyer » Kafui !) et des bâtons de canne à sucre (je vais aussi « envoyer » Kafui ?) et une bouteille d’Awoyoo (et pourquoi pas du sodabi ?) et du gari (un sachet seulement ?) et des insectes miniatures.

- Des insectes miniatures, petite chérie ?

- Tu demandes à Gougoui. Il saura de quoi il s’agit.

et des cassettes et des CD de vieille ou de nouvelle musique congolaise (on trouve ça à Lomé) (on en vendait, il y a trois ans, dans une petite échoppe de Bè-Klikamé, pas loin du Quilombo, juste à côté du rail).

Mawussi porte une très jolie robe en tissus de pagne. Mawussi, la bien sapée, la souriante et la boudeuse (l’alanguie !), qui traîne un peu les pieds et dont les mains sont molles. Hier, en fin de journée, Kafui, était habillée d’un short bleu et d’un T-shirt orange. Aujourd’hui, elle a remis son pagne de travail habituel. Toutes les deux se défrisent les cheveux.

Et si les cheveux défrisés, c’étaient des perruques qu’on n’enlevait jamais ? Même pour préparer à manger et faire la lessive ? Même pour faire la « chose » ?

- Comment ça s’est passé son congé, à Mawussi ? Qu’est-ce qu’elle a fait ?

- Rien, elle a dormi, petite chérie ! Tu m’aimes ?

Mardi, jour de marché à Badja (quelquefois, à Badja, mais aussi à Assahoun et à Noépé, principalement à l’approche des fêtes, les revendeuses venues de Lomé se postent, très tôt, sur les chemins et routes de terre qui mènent au marché… elles « coupent » ainsi tous les accès, font leurs prix et négocient directement avec les paysannes qui s’amènent à partir de cinq heures du matin pour vendre leurs poules ou leurs légumes). Le marché c’est le lieu où tout le monde se rencontre. Là où il faut se montrer. Là où les informations circulent. Là où se transmettent les messages. Là où on peut trouver quelqu’un à « envoyer ». Là où se passent les « commandes » et où se contactent les « démarcheurs ». Là où se concluent des arrangements.

Là où Michel cherchait, en vain, des épices « différentes »…

Ça dure toute la journée (et pourtant le marché de Badja est un très petit marché, qui n’a rien à voir avec le grand marché du samedi, à Assahoun

- C’est déjà une grande bourgade, Assahoun. Il y a même une radio privée. Gérée par un aveugle. Et qui couvre toute la région. On l’entend jusqu’à Noépé.

ni même avec le marché « moyen », mais déjà très important, de Noépé, le jeudi). Et même quelquefois tard dans la nuit.

Fo Bomboma (sapé comme un dandy

- Il va voir sa femme à Lomé ?

- Non. Il a sûrement autre chose à faire. Avec quelqu’un d’autre. Ailleurs.

ce matin !), Kudjo et Yao-le-cuisinier

- Je vais enfin pouvoir faire régime, petite chérie !

ont pris congé. Kossi travaille (il continue de tondre le gazon avec un coupe-coupe, devant les bungalows) (son congé, il le prend le jeudi) et Yaovi aussi (il fabrique encore quelques corbeilles) (et son jour de repos, c’est le dimanche). Kafui (son mari est à Libreville, ses enfants sont à Aneho, elle s’emmerde toute seule à la maison ?) ne prend jamais congé. Et le vieux Kluvi non plus, ou presque pas (un mercredi sur deux seulement), il préfère toucher des sous en plus.

Kafui m’annonce que Maître Benoît est là. En short. Sans sa radio. M’apportant les trois derniers pantalons wax que je lui avais commandés. Je lui donne à nouveau mon vieux pantalon kaki, pour qu’il en renforce l’entrejambe (endroit critique, hic !)

- J’ai ce pantalon depuis plus de dix ou douze ans. Et je veux qu’il m’accompagne jusqu’à la mort !

Gougoui a retrouvé le collier de Bull (que Dog était en train de mordiller). A l’arrière. Près de la niche de chien construite pour Pit (lequel n’a jamais voulu y entrer) (et où Gougoui entrepose à présent du charbon de bois)

- Par contre, quand il était petit, il aimait bien se mettre dans le four !

Gougoui doit aller à la préfecture de l’Avé. Une affaire à régler. Il n’attend pas l’arrivée de Koffi et de son équipe de menuisiers.

- Et comment va la biquette, douchka ?

- Je suis allé la voir, petite chérie. La mère et l’enfant se portent bien.

Kumi (ou Komi) (ou Kuami), le maçon originaire de Badja (et qui y loge quand il a un chantier dans les environs) et son assistant

- Ce n’est pas vraiment son assistant. C’est son pote. Il l’accompagne partout. Un suiveur mais un dormeur. La plus grande partie de la journée, il la passe allongé sur un banc, en dessous des tecks, à roupiller !

achèvent de cimenter la citerne (une énorme cul d’abeille reine, ferme et dodu) qu’ils ont construite à côté de l’atelier-salon.

Les chiens ne font pas la chasse aux papillons… Beaucoup d’efforts pour peu de viande… Pourquoi s’en prennent-ils alors, le soir, aux mantes religieuses ?

Nouvelle arrivage de chair fraîche au château. Des pintades (en provenance de Dapaong) que Gougoui a achetées hier à Lomé. Un mâle et trois femelles. Vendues au bord de la route. A un carrefour que tout le monde connaît. Elles ont pris leurs quartiers dans l’enclos des chèvres, des canards (et des poules) (et, à partir d’aujourd’hui, des pintades aussi). Demain, on en exécutera une (que Gougoui placera dans le congélateur du Quilombo). Les autres, on va d’abord les engraisser. Au « son cubé »…

Ah, le son cubé ! Le plat dont tout le monde raffole dans l’enclos. Les canards et les poules. Et les pintades aussi.

Et les chèvres aussi. Mais on les attache pendant que mange la volaille. Après tout, les chèvres, si elles ont faim, elles n’ont qu’à aller brouter (des feuilles ou de l’herbe, ça ne manque pas), quoi !

Quatre entrées et, bientôt, une sortie ?

Kafui chantonne. Elle repasse (avec un fer à braises) sous la paillotte de la cuisine. Kafui est presque aussi curieuse que moi (je ne garde la mémoire de rien et c’est la raison pour laquelle je note tout ?) (et c’est ainsi que je suis devenu un écrivain privé ?) mais elle se contient encore. Mais pourquoi se retenir, Kafui ? On ne peut pas répondre à mes questions sans m’en poser. Et je ne peux pas poser de questions sans répondre à celles qu’on me pose. Lâchons-nous !

De toute manière, entre pipelettes, on finit toujours par bien s’entendre… Je te dis, tu me dis, on se dit… Et personne ne raconte de méchancetés sur personne… Je m’intéresse à toi, tu t’intéresses à moi…Chacun s’intéresse à chacun... Et tout le monde a l’impression d’exister et tout le monde est content…

Kafui a entendu parler de Djuna et de Lianja. Et d’Ana, bien sûr. Et aussi des autres filles de Nicole. Et d’un jeune garçon de douze ou treize ans.

- David, le petit bonhomme ?

- Oui, c’est ça.

- David est déjà venu ici. Il y a quatre ans (quand Gougoui et Nicole habitaient encore Aflao-Gakli et que Nassogne était en construction). Le petit bonhomme est maintenant devenu un beau jeune homme. Il a une grande sœur, nommée Sarah, mais qui ne s’est jamais pointée par ici.

- Et comment s’appelle leur maman ?

- Agnès. Elle habite en Espagne à Valencia. C’est ma copine…

- Et l’autre sœur, la troisième ?

- La troisième s’appelle Luz. Elle a un fils, Neil. Ils habitent près de Los Angeles, aux Etats-Unis. Luz déteste les moustiques, les termites et les fourmis (et toutes les petites bêtes qui grattent, qui grattent, qui grattent) mais elle finira bien par venir.

- Et qui est l’aînée ?

- L’aînée, c’est Luz. Puis vient Agnès. Et ensuite c’est Ana, la toute dernière

Gougoui rentre de Kévé. Son affaire est arrangée.

Koffi le menuisier n’est pas encore arrivé.

Yao-le-cuisinier est en congé mais ce n’est pas une raison pour faire la grève de la faim.

- Et ne me parle pas de régime, petite chérie, alors que nous sommes obligés de nous débrouiller « entre nous », Gougoui et moi, comme des étudiants ! Tu m’aimes ?

On s’installe sous la grande paillotte, en haut du parc.

- Pour tester. En principe, à cette heure-ci, c’est l’endroit le plus frais.

Des rillettes comme entrée et des papayes comme dessert. Et Gougoui a pensé à ramener des brochettes d’Assahoun. Et du ablo (délicatement déposé sur des morceaux de feuilles de bananier, soigneusement découpées). On trempe ça dans une sauce blanche (tomates, oignons, etc)

- Pourquoi blanche, Gougoui ?

- Sans doute parce qu’elle n’est pas cuite… Mais c’est une expression que les gens de Paris utilisent… Je ne suis pas sûr qu’on s’en serve par ici…

- Mais, Gougoui, raconte-moi (comme dirait l’autre) (l’autre, c’est Daniel !), les Yovos, qu’est-ce qu’ils mangent, quand ils viennent à Nassogne ?

- Un peu de tout et ça dépend des goûts de chacun. Philippe, par exemple, raffolait des confitures mais n’appréciait pas tellement les « sauces ». Ce qu’il aimait, c’était la viande grillée : des pièces de bœuf, des saucisses… Il y a des religieuses qui font d’excellentes saucisses près de Dapaong, la région de Fo Bomboma et du CB… Quand Philippe est allé dans le nord avec Gabriel, il en a acheté plusieurs kilos…

- Des saucisses de porc ? En pleine région musulmane ?

- Au Togo, ça ne pose pas vraiment de problème. Tout est mélangé. Dans certains endroits, on vend bien du porc à proximité immédiate de la mosquée…

- Et Fo Bomboma, il n’est pas musulman, lui ?

- Il est adventiste du Septième jour (leur dimanche, c’est le samedi et le porc leur est aussi interdit). Comme Roger, Gabriel et John le flûtiste. Mais il ne pratique plus. Gabriel, lui, est prédicateur. Il est même venu prêcher à Kévé et il a eu beaucoup de succès (un prédicateur venant de Lomé, eh !) (de la capitale…).

- Et Philippe, dis-moi, a-t-il apprécié les brochettes de chien qu’on prépare dans le Nord, entre Kara et Dapaong, c’est un plat de cérémonies là-bas, non ?

- Ça, il faudra le lui demander.

Le chantier « maçonnerie » de l’atelier-salon de musique est à présent complètement terminé. Kumi et son assistant sont occupés à « descendre du toit ». Avec une bouteille de sodabi offerte par Gougoui .

Trois heures et demi. Une petite pluie pour se taper une petite sieste ? Bouffe, dormir ?

Pas possible. Un coup de fil en provenance d’Ixelles-Matonge. C’est Nadine, la (toujours aussi jeune) Mère Courage. Elle appelle d’une cabine.

- Tout se passe bien ?

- En général, oui. Et en particulier aussi !

Résumé des nouvelles.

Ana a reçu une goutte d’acide à l’œil en nettoyant la salle de bain (mais ce ne serait pas trop grave). Nadine va passer à la rue Maes voir si Ana va bien. Kusma est arrivé de Kinshasa (avec un bon bulletin et les cahiers de devoirs

- Ils sont moins cochonnés qu’avant !

de Kako).

- Une bonne nouvelle. Princesse a reçu sa dérogation. Elle vient de recevoir une lettre du ministère.

- Il faudra qu’elle téléphone à Jean-Claude, pour le remercier.

- Je demanderai le numéro de téléphone de ton copain à Ana, tout à l’heure.

Hortense va bien.

- Elle est passée hier. Elle se porte toujours à merveille, même quand ça va mal.

Et Maurice Mbiye doit passer demain après-midi avec des paquets.

- Ah oui, ce sont sans doute les cadeaux de « Saint-Nicolas » que le service social de la Régie des Bâtiments (Merci à Alfred Severi et à Jan De Cort !) (merci à Maurice !) offre à Kako (un MP 3) et à Tensia (des poupées).

- Et ma grande fille alors, Sukina, elle n’aura rien ?

- Sukina n’aura rien. Elle a passé l’âge. C’est déjà une vieille de douze ans. Et d’ailleurs, elle ne croit plus à Dieu ni à Diable depuis déjà longtemps. C’est ma digne petite fille.

Koffi et son équipe de menuisiers sont arrivés. Ils passeront la nuit sur place. Dans l’ancienne maison de Fo Bomboma. A l’entrée.

Un appel en absence sur le vieux portable de Vieux Stany. J’étais dans le parc (aujourd’hui, je n’emprunte pas les grandes allées, je suis les petits sentiers qui se promènent en serpentant) (mais savent toujours où ils vont) avec ma clope et ma tasse de café (que je ne tiens pas par la anse, eh !). Je n’ai rien entendu. Mawussi m’a prévenu mais je suis arrivé trop tard.

- Un appel d’Ana, peut-être ? Comment va son œil ?

Dix-huit heures moins le quart. Une très grosse pluie d’orage. Je ferme les « nacos » de ma chambre-bureau. Je coupe le PC.

Le téléphone va sûrement sonner.

Un petit apéro ?

Du deha évidemment. Le « masanga ya mbila » d’ici. En provenance du champ de Kossi où on a abattu une vingtaine de palmiers de cinq à six mètres de haut pour faire du sodabi (on les abat, on les couche sur le sol et le vin de palme est mis à couler, couler, couler, couler, couler, goutte à goutte à goutte à goutte à goutte, dans des calebasses, pendant presque un mois). Et des épis de maïs (les uns grillés

- Mawussi connaît déjà mes faiblesses, petite chérie. Elle nous sert ça avec du piment. Gougoui s’étonne… mais laisse faire… Lui aussi connaît mes faiblesses…

les autres bouillis) également en provenance du champ de Kossi.

- Et qui fabrique le sodabi, douchka ?

- Des gens de Badja avec qui Kossi s’est entendu, petite chérie. Et ensuite, Kossi et eux se partagent la production. Moitié-moitié.

A deux cent mètres à peine du château de Gougoui et de Nicole...

Et après l’apéro, un en-cas (Yao-le-cuisinier est en congé) ?

Je te dépose comme ça, pêle-mêle, sur la table. Comme dans l’émission « Ready Steady Cook » à BBC 2. Et je te laisses te débrouiller (mais ton histoire d’œil commence à me travailler, si tu ne vois plus rien, je devrai peut-être te donner un coup de main et t’aider à faire la cuisine ?) : avocat, ignames (tu peux remplacer les ignames par du gari, si tu veux), tomates, oeufs, mangue, etc.

Bull s’installe en dessous de la chaise longue de Gougoui. Et Dog se met en boule entre les jambes de son patron. Sur le marchepied. A la place habituelle de Pit. Mais Pit, devenu philosophe, laisse faire et se couche au pied de son Maître (le museau pointé vers Dieu). Quelques instants plus tard, Pit a, pourtant, un coup de blues. Il se tourne alors vers moi et me demande des nouvelles de Daniel.

- T’aurais pas du cantal ?

Tout est en place. Les chauves-souris font leur réapparition.

Mawussi rentre à Badja. Chez sa grand-mère. Sans crainte. Les jours de marché, il y a toujours du monde sur la route. Même tard.

Poursuivi par Pit et Dog, Bull saute du haut de la terrasse (a-t-il été poussé ?). Devant l’acacia (autour duquel, il y a trois ans, rappelle-toi, un banc de bois était assis) Et se reçoit (à l’aise !) sur ses quatre pattes. Continue sa course dans l’herbe, se retourne et nargue ses poursuivants. Une sportive, cette gamine. Et qui n’a peur de rien.

- Nassogne di rin !

Les chauves-souris sont bien là. Elles vont et viennent. Peut-être étaient-elles en visite chez des parents ? Pour une histoire de famille (un problème de terres, une cérémonie de sortie d’un nouveau né le septième jour, une fête de mariage, une veillée de deuil) ? Mais elles sont à présent revenues.

Koffi et son équipe sont allés manger à Badja.

Chez les revendeuses de riz, de ablo ou de haricots qui installent des marmites devant leur maison ou au bord d’une petite route (là où il y a beaucoup de passages). Il y en a même une qui s’est installée devant la gendarmerie. Avec ses fourneaux. Sous un petit toit de paille.

Et boire dans les bars de Badja ?

- Un jour de marché, il doit y avoir de l’ambiance !

Des bars, il y en a quatre à Badja. Un petit hôtel-bar (deux chambres ou plus ?). Un commerce général-bar (on y vend des clous, du ciment, du savon, un peu de tout) et deux autres encore.

- Et le Las Vegas ?

- Le Las Vegas est devenu une épicerie, petite chérie.

- C’est toujours mieux qu’un temple !

Gougoui téléphone à Nicole. Depuis leur chambre…

- Je te rappelle dans dix minutes. Je bois ma soupe tant qu’elle est chaude.

Elle rappelle moins de cinq minutes plus tard. Gougoui se lève pour répondre. Dans leur chambre…

Ça dure, ça dure… Et finalement Gougoui réapparaît… Avec une histoire extravagante à me raconter. Une histoire qui est arrivée à Moura alors qu’elle se trouvait en compagnie de Jacquie (la soirée de samedi qui avait été si bien arrosée

- Il fallait bien tenir compagnie à Nicole, la pauvrette ! Les pieds dans le plâtre et obligée de se déplacer en chaise roulante dans son appartement !

le coup de frein brutal et la voiture de Moura qui s’est arrêtée pile mais sans blesser personne, une jeune fille qui n’avait pas été touchée mais qui était restée étendu sur le sol, prise de tremblements, Police Secours et le Samu qui se sont amenés…) (l’alcootest, les menottes, le cachot à putes, les deux jours de garde à vue, l’hôpital, le tribunal, etc)…

- Et son permis ?

- Tu lui demanderas ça toi-même ! Je ne vais quand même pas lui voler son histoire, à Moura… Elle te la racontera elle-même… En mieux ! Mais depuis lors, d’après Nicole, Moura aurait décidé…

- Mobudiette ?

- …d’adorer de nouveaux dieux : le dieu Schweppes et le dieu Coca-Cola…

J’essaie en vain d’appeler Ana. Avec le vieux portable de Vieux Stany. Plus de quatre fois. Sans résultat.

Elle m’avait interdit de l’appeler. Mais je transgresse l’interdiction. Et ça ne répond pas ou ça sonne occupé…

Je suis fatigué. Cette histoire d’œil me tracasse. Je n’arrive pas à toucher Ana. Où est-elle ? Aux urgences ophtalmo de l’hôpital Saint-Pierre ?

- Mais non, bandecon, tu as oublié ce que je t’avais dit ? Relis tes notes ! Visionne tes rushes !

Eh oui, Ana a passé la soirée chez Guy et Malou, évidemment. Avec Kabeya. Bobonne a sûrement pris un pied pas possible. Bobonne a sûrement bien bu et bien mangé (la salope !)… Je vais tout de suite me coucher.




A Nassogne - Annexe 1: Les principaux personnages du roman

Didier de Lannoy
A Nassogne
sous-titré Presque un mois chez Gougoui Kangni
roman,
avec des personnages réels, se passant en un lieu précis, à une époque déterminée
2005-2006
Extraits


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Liste non-exhaustive des personnages bien réels qui se sont invités dans le roman (tout se passe dans la tête, non ?) pendant mon séjour de presque un mois à Nassogne, chez Gougoui Kangni



Les châtelains et les manants (et des manants, il y en a de toutes les régions du pays, des Flamands et des Wallons et même des Bruxellois) de Nassogne : Gougoui et Nicole (les nouveaux seigneurs de Nassogne et chefs néo-traditionnels du village qui, peu à peu, s’est érigé tout autour du château), Fo Bomboma (le grand-frère et le superviseur) (l’homme à qui Gougoui confie ses clefs) (qui sait tout faire

- Mais il a parfois la tête ailleurs, il plane un peu, il oublie des choses…

et qui le fait bien) (et Lucia, sa jeune épouse), Yao (le patron de la cuisine) (qui ne s’énerve jamais) (même en cas d’affluence), Gabriel (le chauffeur à temps partiel, le « guide éclairé », l’excellent narrateur) (croyant et courtois) (que je n’ai malheureusement pas vu au château), Kafui (l’intendante générale) (une « ancienne », très courageuse et tout à fait adorable mais qui n’arrive pas toujours à s’imposer aux plus jeunes) (ceux qui ont été engagés avant elle estiment qu’ils n’ont pas d’ordres à recevoir d’elle !), Kossi (le jardinier « géant », presque toujours en casquette, calme et silencieux), Kudjo (l’homme « qui est continuellement de bonne humeur » et que les travaux lourds n’effrayent pas), Yaovi (Yao le petit) (le jardinier espiègle qui rêve d’entrer en cuisine mais qui ne peut concocter, faire revenir, étuver, flamber, rissoler, saisir, touiller dans un local confiné sans suer à grosses gouttes) (dans les marmites !) (et ça ne plaît pas à tout le monde ?), le vieux Kluvi (le gardien de nuit) (mais qui est aussi le chef scout de son village), Mawussi (la bien sapée, la souriante et la boudeuse, qui traîne un peu les pieds et dont les mains sont molles) (l’alanguie !), Chérita (une petite nouvelle du Quilombo, une solide, qui est toujours à la recherche d’un truc à faire… mais attend les ordres), Dela (une autre serveuse du Quilombo venue également donner un coup de main à Nassogne), Nestor (le cuisinier d’appoint, fidèle serviteur du dieu sodabi, qui nous a préparé, à Gougoui et à moi, plusieurs excellents repas de Nouwel)


Ma famille étroite (mais pas trop coincée) (ceux qui procèdent de moi ou dont j’ai fait l’acquisition par mariage, par concubinage ou par apparentements divers) (d’abord je cite ma femme mariée, dont j’ai déjà chanté le cul, puis les beaux et les belles du côté de chez Gougoui et Nicole et, ensuite, mes sœurs et frère et, après, les nièces et les neveux et, enfin, notre bonheur quotidien à ma femme et à moi, tous nos petits et les coquins et les coquines de nos petits et les petits de nos petits) : Ana (la veuve

- Je m’entraîne, quoi !

de presque un mois) dite aussi Muka, dite aussi Petite Chérie (mais dite aussi Salope ou, quelquefois, Bobonne) (mais ça n’a rien de péjoratif, quoi ! c’est comme les féticheurs qu’on appelle aussi « charlatans »), Venance, Kinvi et Claver (les beaux-oncles), Moura (la belle-tante)

- Moura est inclassable ! Elle ne porte jamais de jugement sur personne, cette femme-là ! D’accord, je l’ai acquise par mariage (c’est la soeur de ma belle-mère, non ?) mais je la verrais tout aussi bien figurer dans ma famille très épanouie, ma famille congolaise d’élection. Comme Marie-José (qui, après tout, est aussi la sœur d’Olivier et dont j’ai également fait l’acquisition par mariage) (mais que j’aurais pu rencontrer ailleurs et autrement). C’est vachement compliqué la métaphysique (ou la pharmaceutique ou la mathématique), non ? Moura ne pourrait-elle pas ne pas être Blanche, non ? Un peu de couleur, ça lui ferait du bien, non ?

Luz et Agnès (les belles-sœurs), Eliane, Bernadette, Brigitte et Thierry (les sœurs

- Elles et lui ne procèdent pas de moi et je n’en ai pas fait l’acquisition par mariage mais ils font néanmoins partie de ma famille étroite, non ?

et le frère), Neil, Sarah et David (les neveux et nièce d’Ana), Ekoé (le neveu de Gougoui) (le beau-fils de ma belle-mère ?), Hortense, Nadine, Eric, Djuna, Lianja, Carmel, Princesse N’Gika (les enfants !), Gayette, Léandre, Nadine (une autre Nadine), Etienne et Amina (les enfants de Vieux Anselme qui sont aussi nos enfants puisque Vieux Anselme est aussi le père et le grand-père de nos petits et de nos kokos à nous)

- Et Passyna ?

- Comment donc pourrais-je oublier Passyna !

- Et Corinne ?

- Corinne aussi !

Kusma, Albert, Jean-Luc, Christophe, Olivier, Alice, Difan, Karine, Soumaya (les beaux-fils et les belles-filles) (et les ex de nos enfants)

- Ils en ont du succès, nos enfants ! Mais sont-ils toujours constants et s’appliquent-ils suffisamment (l’amour, ça se gère, disait Ya Nze). On n’aime jamais assez mais on ne peut pas aimer tout le monde, tout le temps et de la même manière, non ?

Loïc, Percy et Lohile, Sukina, Kako et Tensia, Maëlle et Nyssia (les kokos !)

- Et Malka ?

- Malka aussi !


Les grands-mères : Mamy, Mamie Marguerite, la Mami, la Routou (pour

- Peut-on avoir une grand-mère sans en avoir une autre ?

mémoire) et la petite vieille courbaturée dont on croit qu’elle prépare du gari ou de l’huile rouge au fond du parc mais qui, peut-être, possède des yeux derrière la tête, jette des sorts et mange des gens la nuit.


Mes papas et mes mamans, mes grands frères et mes grandes sœurs, mes « vieux » (certains sont plus jeunes que moi !) à qui je dois (et qui me doivent !) du respect : Denise (la mère-chef) et Tonton Arnaud, la maman d’Alice, Papa Engulu, Papa Mpanu-Mpanu, Vieux Henri (qui m’appelle Petit Frère et ça m’honore) (et sa femme, Mère Hono), Vieux Stany (Bodiewicz, alias Dolenga) (qui m’a refilé son vieux portable), Vieux Mudabi, Papa Charles Lundulla, André Ilunga-Kabongo (et sa veuve, Adolphine), Ma Betty, Anselme Kaleme Tampi (dit Koko Anselme) (alias Vieux Anselme) que j’ai déjà cité, la maman d’Antoinette, la maman de Marychelo.


Ma famille épanouie (les vivants et les morts) (la famille au sein de laquelle je me sens toujours à l’aise, même quand je prends du bide !) (les Yovos s’interrogent

- Et comment on y entre dans cette famille-là ?

- Pas par liens de parenté directe. Plutôt par initiation et par adoubement. Par complicité (les codes et les secrets partagés, les services échangés, les coups de gueule et les coups de main, les hontes bues, les aventures vécues et les douleurs éprouvées en commun, les coups montés et les complots déjoués ensemble, les longues disputes et les vieux conflits définitivement réglés (on a tout sorti !), les casiers de bière descendus en bande pendant des nuits entières, que sais-je !). Le voisinage et la proximité ne suffisent pas. C’est avec cette famille-là qu’on prend un pied pas possible. Quelquefois on peut y entrer par mariage dans cette famille-là (même des Mindele !) (ou des Yovos comme on dit ici). En s’accouplant avec un membre fondateur. Par copulation, quoi ! Ou par cooptation. Mais ce n’est jamais acquis, ça ne marche pas toujours, il faut quand même faire ses preuves…

- Comme d’habitude tu nous racontes des couilles !

et, comme d’habitude, ils ne comprennent rien à rien) : Nzeza Bilakila (aliasYa Nze) (et Marie), Monique et Lisette Fodderie (et Constant), Kankwenda Mbaya, Kabeya Nyonga, Iyofe Isasi, Sombo Dibele Awanan (qui ressemble à Kangni Alem), Ima Mukakimanuka (qui parle, qui parle, qui parle, qui parle, qui parle

- Mwasi wana, ameli radio !

- Et toi alors, tu écris, tu écris, tu écris, tu écris, tu écris. Tu ne pourrais pas te laisser aller à vivre, comme tout le monde, simplement ? Et t’occuper un peu mieux de ta femme et de tes enfants ? Et de ta vieille copine Ima ? Yo mpe !

qui n’arrête jamais de parler) (et François), Antoinette Safu Mbakata (et Teresia), Marie-José Engulu, Rachou Mpanu-Mpanu, Achille Ngoye, Jean Omasombo, Judith Bisumbu, Césarine Bolya (mais Sinatu, ça lui va tellement mieux !), Malou Fontier (et Guy Gelgessen), Cricri Fontier, Bruno Kasonga, Djuna Djanana, Raymond Suke Nzanga, Tabaro Tshimalamongo, Nono Tala-Ngai, Emongo Lomomba (le râleur !) Kabu Mwepe (et Jean Dehasse), Salumu Yamba-Yamba, Ekambo Duassenge Ndundu (Jean-Chrétien !), Max Ngbanzo la Mangale (et tous les autres anciens terrassiers du 27 oui du 16, Comité urbain, à Kinshasa-Gombe).


Les votants et amis (ceux dont on peut raisonnablement supposer qu’ils nous donneront leur voix, à Ana et moi, au prochain suffrage) (sauf s’ils sont morts, quoique…) des circonscriptions électorales d’Espagne, de France et de Belgique: Alain Brezault (sans cesse sur le métier remettez votre scrabble, mon frère ! et tu finiras bien par la battre, cette salope d’Ana !) et Françoise De Moor (que le site de Nassogne pourrait intéresser, même au plan professionnel) (et qu’apprécie beaucoup Gaëtan Noussouglo, le directeur de Filbleu, le copain de Credo) (et Arno, évidemment !), Kangni Alem (dont Gougoui dit quelques mots, à l’intérieur de ce récit), Sami Tchak, Vincent Kalimassi, Lamin Koré, Kibushi

- Tiens, ça fait longtemps que je ne l’ai plus vu, cet homme-là !

et Lisette, Mohamed Belhouari, Hans Samyn (le fidèle entre tous), Jamal Tahtah (qui déprime parce que les gens sont cons) (il y a de la matière !) et Toula Aslanidis, Jan De Cort (et Isabelle), Jules N’Gole Iliki, Marianne Berenhaut et Lili Liesens, Henri Jouant (et Nuray), Roger Mazanza, Didier L’Homme, Claudine De Moor (et Jean-Marc Dezille), Fabrice, Hakim et Azziz (de la Brasserie de l’Union), Nago Seck, Gregor Beck et Stéphanie, Elke Vliegen, Anne Duplat, Julie Sassi, Vincent Kenis, Jimmy (Mobali ya ba Mama !) et Jazz-Moro, Robert Dehoux (et Yaki), Justin et Junior, Bob Caiembe (dont le canotier est un stetson !), Jean-Pierre Jacquemin (alias Jipéji) (alias le Grognon) (mais aussi le « passeur », comme dit Alain) (celui qui a sorti le cul de ma femme mariée de son trou) (oserais-je dire de sa fosse septique ?) (avec la complicité active de Gaby Castel et de Pierre Lelong) (l’ami de quarante-cinq ans, quoi !) (putain, ce salaud me vieillit…), Ma Betty, Jean-Paul Kilosho, Alonzo, Dominique alias Do (originaire de Yolo-Nord et qui connaît bien « Qui saura »), Yannick Nkoy, Jackie-la-Marraine, Shango (de la Casa Latina), Elisabeth Lusinde, Gauthier de Villers (qui, dans le temps, m’a obligé

- On peut rêver de devenir voyou mais c’est toujours mieux de l’être avec un diplôme ! Ça rend la vie plus facile…

à terminer mes études universitaires) et Violaine et Jean-Marc Turine, Pascale (dont on fête l’anniversaire tous les ans) (sauf cette année) (mais peut-être n’avons-nous pas été invités ?), Claude et Lieve (il y a des couples dont on pourrait presque oublier qu’ils ont, chacun, un nom particulier) (c’est le stade suprême ?) (l’extase

- Eeh ! Eeeh ! Aolooooo !

conjugale ?), Nadine et Bernard (c’est pareil !), Walter et Annick (c’est pareil !), Paul et Nicole (c’est pareil !), Marc et Nicole (ce n’est pas la même Nicole mais c’est pareil aussi), Françoise et Alain (c’est pareil aussi mais je les ai déjà cités plus haut), Roby et Claudine (c’est pareil encore !) Michel et Odile (c’est toujours pareil !) (ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’embrouilles dans ces couples-là) (sûrement que oui !) (mais je pense qu’ils devraient hésiter à se séparer) (il faut penser aux autres, non ?) (car s’ils se séparaient, ça tuerait Jipéji, il aime trop les familles unies, il tient ça de son éducation jésuitique et gaumaise, il ne s’en remettrait jamais !), Kathy Vincent, Didier Beaufort (et Dahlia, sa luxembourgeoise), Filip De Boeck (qui devait ressembler à Dog quand il était petit) (un peu braque et débordant d’affection) (très intelligent mais plutôt gâté !) (je me trompe sûrement ?) (que je me tape la bouche comme dirait

- Oh là, tu joues avec le feu, mon gars !

Césarine ?), Maurice Mbiye Beya, Christine Thunissen, Ngangura Mweze (alias Moprezo), Marianne Hailliez, Ouardia Derriche, Marie-Claude Wauthy, Sabrina Vanhenden, Laurent Baele, Jan Piro, Dirk Van Geystelen (alias DVG) (qu’un de mes anciens collègues

- Je ne vous dirai pas lequel ! Ni s’il travaille toujours à la Régie des Bâtiments !

a baptisé un jour « Dirkouille-la-fripouille »), Jean-Marie Lahaye (en partance pour le Brésil ou venant à peine d’en revenir), Monik Dierckx (dont on tue le cochon en plein milieu de ce récit), Jean-Claude Torfs (l’homme miracle), Alfred Severi (le « papa Saint-Nicolas » de la Régie des Bâtiments qui continue de penser à mes kokos, même après ma mise au placard), Françoise Mairesse, Eliane Lhoir, Bart De Corte (le goupil, l’ancien complice) et Christian Smeyers, Olivier Van Vyve, Alexandre Piraux et Jean-François Foulon (toujours aussi tourmentés ces deux-là ?) (mais sont-ce les mêmes tourments ?), Marychelo Lopez (la généreuse) (et Abdou), Anne-Louise Flynn (la voisine qui vient souvent boire un verre à la maison) (mais qui ne nous invite jamais chez elle), Jean Makunga (le banquier devenu pasteur), Roland et Catherine (les VDB !), Erik Beeth (au départ, ce docteur-là était le féticheur suédois préféré de Lieve) (et maintenant il est devenu le féticheur attitré de presque toute la famille), Nzema Omba (à qui j’ai promis de ramener des « objets culturels » du Togo), Maddy Tiembe, Tony De Vuyst, Dieudos Makwanza (le papa de Mohamed), Laurent Delferrier, Qui Saura, Sauter-Sauter (le journaliste allemand qui, si je me rappelle bien, a un os à peler avec Alain et Jipéji ?) (ou serait-ce l’inverse ?).


Les votants (et même quelques notoriétés) de la circonscription électorale de Lomé : Désirée (la gérante du Quilombo), Lisa (la revendeuse d’ignames frites qui travaille en partenariat avec le Quilombo), Dela et Chérita (les deux serveuses du Quilombo qui sont venues « en stage » à Nassogne pendant mon séjour), Adjovi (la plus jeune des nouvelles serveuses du Quilombo, un peu boulotte, dont le beau sourire est encore très enfantin), Roger Atikpati (l’incontournable !), Assou Kossi (alias Modesto) (le peintre et le sculpteur), le « commissaire » qui occupe un « poste important dans la capitale » et la « femme du commissaire », le docteur Koffi A. Kuzeawu d’Aflao Gakli (qui a soigné

- Bien sûr que j’apprécie ses talents ! Mais j’espère bien ne pas devoir recourir à ses services cette année !

Djuna il y a trois ans), la pharmacienne de la Cité, (dont l’officine est installée sur le boulevard du 30 août, à main gauche quand on va vers Nassogne, près du baobab) (et qui a ajouté un étage à son bâtiment), John le flûtiste (et Yao) (encore un Yao !), Jimi Hope (de Lomé mais aussi de Lille), Koffi et Salissou (et leur équipe de raboteurs de planches) (dont Papa) (qui s’appelle aussi Victor et qui a fini par déserter le chantier de l’atelier-salon de musique de Gougoui) (peut-être pour aller « faire le Zémidjan » à Lomé ?), Vieux Mongol (le copain du copain d’Achille) (le pote de Père Ngoye et d’Amoureux Célio) (qui habite une grande concession à quelques 250 mètres de l’avenue de la Libération, près de l’école primaire de Tokoin-Gbonvié, à côté de Photo Jean) et papa Aba (dont la femme fait du commerce entre Lomé et Cotonou et vend aussi, à toute la communauté congolaise de Lomé, de la chikwangue qu’elle fabrique elle-même) et Guy Michel (alias Mandela) (qui animait, il y a trois ans, les émissions Pepsoupe et Lomé Bisengo et Escalier à Radio Tropik FM) (tous trois citoyens de l’ex-Zaïre, aujourd’hui RDC) (que je ne suis pas allé voir cette année parce que je suis resté cloîtré à Nassogne), le réparateur du petit groupe (à essence) dont le fils de huit ans s’appelle Carmel, Max (le fabriquant d’insectes), Gaëtan Noussouglo (de Lomé mais aussi de Montbéliard) (le directeur du Festival International les Lucioles Bleues), Crédo Tetteh (le directeur de publication de Kyrielle, copain de Gougoui et de Kangni Alem) (et qui fera en sorte que, tôt ou tard, ces deux-là finiront par se rencontrer ?), tous les chroniqueurs et journalistes des magazines et des journaux de Lomé qui ont mis de la chair fraîche sur mon vieux clavier (Eric Tanade, Fo. B, Jean-Darius Edem, Rudyie, Jacques Komi Solete, Ahoévia, Monia, Exo 7, E.D., etc), Maître Pousser-Pousser (instituteur à la retraite), Vieux Jeune (doyen d’âge de sa collectivité), le porteur de l’aéroport de Lomé qui a rapidement repéré mes bagages grâce au truc du petit morceau de ficelle bleue accroché à la poignée de chaque valise, le douanier souriant qui m’a accueilli, les revendeuses (de tout) et les commerçants (de tout aussi mais pas de la même chose), les trafiquants d’essence ghanéenne…


Les autorités locales et les votants de la préfecture de l’Avé et, plus particulièrement, de la circonscription électorale de Badja : le préfet de l’Avé (dont les bureaux sont à Kévé) (et dont la petite fille de six ans s’appelle Daniéla) (une future grande joueuse de volley-ball !), le juge du tribunal de Kévé (qui aime présenter Nassogne

- Dans le coin aussi, on a des endroits très chouettes !

à ses copains de Lomé), l’oncle de Gougoui (qui habite Assahoun et qui est le chef scout de la région, à près de soixante-dix balais, et porte trois bûchettes) John Agbe (le peintre et musicien qui a quitté Bagbe-Douane et a déménagé à Assahoun), Gilbert (le tailleur qui, il y a trois ans, résidait à Nassogne même, au gîte, mais qui, depuis lors, est retourné à Assahoun), les handicapés cordonniers d’Assahoun, Toko (le garagiste d’Assahoun), les « Musulmans » (des Haoussas ?) qui vendent des brochettes de mouton au bord de la nationale, toujours à Assahoun

- Et le père capucin que j’ai rencontré dans l’avion, je le situe où, celui-là ? Le haut plateau de Danyi ne fait quand même pas partie de la préfecture de l’Avé ?

Togbui Koffi M. Dogble Avogan VI (le chef traditionnel du canton de Badja) (qui a été baptisé Adof, à sa naissance, parce qu’il est né le jour de la joyeuse entrée de Hitler dans Paris) (mais dont le caméléon protecteur, situé au dessus du portail d’entrée, a perdu une bonne partie de sa queue) (sans doute est-ce la faute des gamins qui jouent au foot devant la concession du chef ?) (mais elle repoussera !), le Commandant-Brigadier (le CB !) de la Brigade Territoriale de la Gendarmerie Nationale du canton de Badja (dont le portable est souvent déchargé), le vieux d’à côté (qui, tous les soirs, tousse, tousse, tousse) et sa deuxième épouse, Maître Benoît (le meilleur tailleur de Badja ?) (ils sont quand même trois, il y a de la concurrence, non ?), Kumi (ou Komi) (ou Kuami), le maçon originaire de Badja (et qui y loge quand il a un chantier à Nassogne) (mais qui travaille à présent à Lomé) et son suiveur-dormeur, l’imprimeur des calendriers de Gougoui (qui travaille aussi à Lomé mais dont les parents habitent Badja et qui vient régulièrement visiter sa famille), la grand-mère et la tante de Kudjo (qui, toutes les deux, ont une maison à Badja et qui le logent) (tantôt l’une, tantôt l’autre), les parents de Kossi (dont celui-ci habite la « maison familiale » à Badja… mais pas sa femme et ses enfants), la grand-mère de Mawussi (chez qui celle-ci demeure, à Badja), le mécanicien qui n’a pas été capable de réparer le grand groupe électrogène du gîte (et qui, auparavant, travaillait à Satal, la ferme-élevage de poules et de poulets des Lybiens) et son apprenti.


Les visiteurs et les usagers du gîte rural de Nassogne (c’est comme ça que fonctionnent les châteaux aujourd’hui, quand les châtelains sont désargentés ou sous-capitalisés) (voire même socialisants !) (on organise des réceptions et des concerts, on accueille des festivals de théâtre, des pique-niques littéraires, des soirées culturelles, des séminaires de formation au management et des retraites spirituelles, on commercialise les produits du verger, du potager, de la basse-cour et de la cuisine) (les confitures d’ananas, de mangues, de citrons, d’oranges

- On a même essayé avec les bananes mais ça donne plutôt de la compote !

de papayes, de corosols) (le pain de campagne aux céréales cuit au feu de bois, les différentes « sauces » cuisinées sur place) (et le lard fumé et les rillettes et les pizzas) (et bientôt les brochettes de mouton et le sodabi) (fabriqué avec le trop plein de fruits de la propriété ?), on ouvre un gîte rural accessible à tout venant, on baise la main (parfumée ?) de mémères empesées et on se farcit les discours (débiles ?) de pépères ventripotents, on loue des histoires à raconter et des espaces à occuper (mais on se ménage quand même un « espace privé ») à ceux qui le demandent (des ornithologues et des orthophonistes, des pharmaciens et des infirmiers, des cadres d’entreprises et des hauts fonctionnaires, des restaurateurs à la recherche de nouvelles « saveurs », des gastronomes et des soûlards, de jeunes amoureux et de vieux fornicateurs, des pagneuses et des robeuses (et aussi de jolies filles en jeans avec un top de couleur vive), des parvenus et des impatients « qui voudraient bien y être », des « volontaires » du Corps de la Paix (dont les meilleurs éléments trouveront un bon boulot à la C.I.A. ?), des thésards, des musiciens, des écrivains en mal d’inspiration, des professionnels du spectacle et autres cultureux) pour se faire un peu de blé, s’acheter un sac de cinquante kilos de gari (bien croquant) en provenance d’Aneho (ou de Glidji), un groupe électrogène diesel du Nigeria et une dizaine de pintades de Dapaong, réparer la toiture ou la voiture, reconstituer peu à peu les trousseaux de famille et les troupeaux de génisses) : Michel Dehoux, alias le mollah Omar, et Odile Fabregoul (qui furent les tout premiers clients du gîte en 2002), Daniel Derrien, Papa Engulu, Moura, Mariki (et Olivier, son fils), Philippe Guilmin, Ana et Didier, Ima et François, Djuna et ex-Difan, Lianja, David, Sukina, le propriétaire de la superette La Concorde, des Américains (passant leurs journées à dessiner et à prendre des photos) venus rendre visite à leurs « petits » (qui deviendront grands et travailleront pour la C.I.A. ?), un pasteur qui délivre ses prescriptions divines par portable (en gueulant et en gesticulant) (toute la nuit durant) aux patients qui le consultent

- Se fait-il payer à l’avance ou dispose-t-il d’une ligne rose ?

un ancien policier français travaillant à présent dans l’ « humanitaire pharmaceutique », une jeune femme en détresse (une bêcheuse !) venue demander (comme moi ?) l’asile conjugal au monastère, des « assoiffés » qui viennent boire de l’Awoyoo ou de l’Eku ou de la Flag ou de la Pils ou de la Castel ou de la Guiness ou du deha ou un cocktail à base de sodabi et de citron qui s’appelle, évidemment, le « Nassogne » (et subsidiairement manger), des « affamés » qui viennent déguster ou dévorer des « spéciales » et des « exquises » (et subsidiairement boire), des « hôtes » qui logent dans les chambres et des « usagers » qui s’envoient en l’air dans les bungalows, que sais-je encore !…